
Le match de Galatasaray (pfff
toujours aussi dur à écrire ça…), c’était le match de l’année pour nos joueurs. Tu parles, Adel il avait carrément fait entorse au règlement du Ramadan pour être prêt, c’est dire si c’était
important. Bon, pas tous les joueurs étaient aussi concernés. Par exemple, Zaki il avait pas trop envie d’y aller. Il arrêtait pas de dire, «oui oui, allez-y déjà, je vous rejoins, je sais où
c’est le stade». Tu parles, Zaki il se perd dans les 16 mètres adverses, alors dans une ville comme Genève… Ensuite on a dû aller chercher Arnaud chez lui, avec tout le car, parce que soi-disant
qu’il avait oublié le match. Quand on est arrivé chez lui, son cop… euh sa copine nous a dit que non non, Arnaud il était pas là. Tu parles, ils nous a pas fallu longtemps avant de le découvrir
planqué derrière les rideaux. On a dû le menacer de laisser Adel chez lui pour qu’il arrête de pleurer et qu’ils viennent avec nous.
Tout le monde était enfin là, mais personne osait parler. Sûrement qu’ils étaient concentrés… En fait, y’avait seulement Jamal et Adel qui causaient dans leur langue et très fort en rigolant
comme des fous tout en aiguisant leurs crampons avec la lime à ongles de Arnaud. Pour sûr, ce match allait pas être comme les autres.
Du coup, d’une fois qu’on était au vestiaire, personne a râlé parce qu’il commençait pas le match. C’est d’ailleurs la première fois. Même que Bigon, après avoir dit la formation, a demandé si
Bastien avait une extinction de voix, rapport à qu’il est toujours à se plaindre de pas commencer les matchs. Lui il a dit que non, qu’il respectait le choix de l’entraîneur, que toute façon la
Coupe UFA c’était pas la vraie Coupe d’Europe et qu’il avait son excroissance du lobe gauche qui le faisait toujours souffrir… Mon œil oui, la dernière fois qu’il a été d’accord avec son
entraîneur Bastien, c’est quand il jouait à Gsamax et c’est parce que son entraîneur c’était aussi son papa… En fait, les deux seules grosses surprises c’est que Raphy commençait pas le match et
qu’Arnaud avait réussi à pas s’évanouir en voyant son nom sur la feuille du début de partie…
Le stade était pas plein (on est à Genève, faut pas pousser non plus…) mais y’avait beaucoup de turcs qui étaient là. Bon déjà y’avait presque 200 journalistes. C’est ça, ils veulent nous faire
croire que là-bas ils ont 200 journalistes alors qu’ils en zigouillent minimum 5 par jour? Du submerfruge pour avoir des entrées gratuites ouais! Mais le match on l’a empoigné d’entrée. Après
trente minute, on gagnait déjà 3-0. Bigon en revenait pas, il a eu des doutes sur une caméra cachée un moment. Il regardait partout et il nous disait, vers le banc, «banda di stupidi, si c’est
oune blague, elle mo fait pas lile!». Nous on lui a juré que non, c’était vraiment nos joueurs qui battaient les turcs, que c’était pas truqué, que finalement les gars avaient dû lire le livre
«le foot en 10 leçons» qu’ils avaient reçu avec leur premier salaire et tout et tout… Bon, heureusement on s’en est pris un pas longtemps après sinon Bigon faisait arrêter le match. Faut dire que
j’y croyais pas mes yeux non plus. J’ai même pris une photo du totomat quand on gagnait 3-0. J’y connais rien mais avec un bon programme, ça doit être faisable de modifier le panneau et de faire
comme si c’était la fin du match…
Du coup, à la mi-temps, on savait plus quoi dire aux gars. D’habitude on les engueule et on leur fait remarquer leurs erreurs, mais là rien, nada, pas l’ombre d’un semblant de reproches à leur
faire! Par contre, à côté, l’entraîneur menaçait les joueurs d’Istanbul avec une machette et en criant des trucs que même pas eux devaient comprendre… Mais le résultat est là. En deuxième
mi-temps on a vu qu’eux. Même qu’ils nous ont marqué le 3-2 grâce à Bastien qui s’est gentiment lancé comme un bleu dans nos 16 mètres pour laisser la place à son adversaire. Il est respectueux
Bastien, y’a pas à dire… Bon au final, on a quand même gagné contre Galatasaray, et ça c’est pas rien. On aurait même pu gagner plus mais l’arbitre voulait préserver le suspens pour le match
retour… Du coup, on a fait la fête dans les vestiaires, t’aurais vu ça! Y’avait des chips paprika, du Champommy, de la Force4 et même, pour les plus de 18 ans, du Red Bull! J’ai même voulu
inviter l’arbitre vu que je suis pas rancunier mais il avait pas le temps, il devait trouver la consigne du stade pour récupérer son chien et sa canne blanche…
En rentrant dans le car, Paito a dit que c’était une bonne chose de faite que d’avoir battu les turcs. Bigon a pris le micro et a dit qu’attention, rien était fait et qu’il fallait déjà penser au
match retour. Là, y’a eu un malaise terrible : on s’est rendu compte que la plupart des joueurs étaient pas au courant qu’on devrait aller à Istanbul pour jouer le retour. Du coup, y’avait plus
un bruit dans le car. A part Jamal et Adel qui causaient dans leur langue et très fort en rigolant comme des fous…